L’éolipyle d’Héron d’Alexandrie (Ier siècle après J.-C.) est considéré comme le premier dispositif à vapeur de l’histoire. Cette sphère métallique creuse, montée sur un axe et percée de deux buses recourbées en sens opposés, tournait sur elle-même sous l’effet de la vapeur d’eau. C’était le principe du moteur à réaction, 1 800 ans avant la Révolution industrielle. Pourtant, les Romains n’en firent jamais un usage pratique, peut-être parce que l’abondance d’esclaves rendait l’automatisation économiquement sans intérêt. Ce « retard » historique illustre combien l’innovation technologique dépend autant du contexte social et économique que de la connaissance technique.
Catégorie : Fait histoire
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Les chevaliers médiévaux prenaient des bains réguliers contrairement à la légende
Le mythe de l’homme médiéval malodorant et hostile à l’hygiène est en grande partie faux, du moins pour les classes sociales supérieures. Des sources médiévales montrent que les bains réguliers (hebdomadaires ou bihebdomadaires) étaient pratiqués, avec des étuves (bains publics) présentes dans toutes les grandes villes. Les chevaliers qui partaient en croisade découvrirent même les hammams arabes et s’en inspirèrent. La confusion vient d’une vision romantique du Moyen Âge et de la Réforme protestante du XVIe siècle qui stigmatisa les bains publics comme lieux de débauche, réduisant effectivement la pratique du bain en Europe protestante.
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L’esclavage légal aux États-Unis a duré moins longtemps que le pays existe
Les États-Unis d’Amérique existent depuis 1776 (ou 1788 pour la Constitution). L’esclavage a été légal dans tout ou partie du territoire américain de la période coloniale jusqu’au 13ème amendement (décembre 1865), soit environ 89 ans pour la République. Les États-Unis ont donc existé autant de temps sans esclavage légal (environ 160 ans) qu’avec lui (89 ans en tant que République). Cette temporalité aide à contextualiser les débats actuels sur les réparations et les héritages de l’esclavage : la ségrégation légale ne prit fin qu’en 1965, il y a moins de 60 ans.
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Les Romains utilisaient du garum comme ketchup
Le garum était la sauce fermentée omniprésente de la cuisine romaine, l’équivalent antique du ketchup, de la sauce soja ou du nuoc-mâm vietnamien. Fabriqué à partir de poisson fermenté (souvent des maquereaux ou des anchois) laissé à macérer dans du sel pendant des semaines ou des mois, il était utilisé comme assaisonnement universel dans pratiquement tous les plats romains. Des amphores et des usines à garum ont été retrouvées dans tout l’Empire, de la Bretagne romaine à l’Afrique du Nord. Pompéi, préservée par l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., contenait plusieurs fabriques de garum encore reconnaissables.
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Shakespeare et Miguel de Cervantes sont morts le même jour
William Shakespeare et Miguel de Cervantes, les deux plus grands auteurs de la littérature anglaise et espagnole respectivement, sont morts le 23 avril 1616, une coïncidence que le monde littéraire célèbre depuis lors (le 23 avril est d’ailleurs la Journée mondiale du livre depuis 1995). Cependant, c’est une coïncidence en apparence seulement : l’Angleterre utilisait encore le calendrier julien en 1616, tandis que l’Espagne avait adopté le calendrier grégorien. La date de mort de Shakespeare (23 avril julien) correspond au 3 mai grégorien, soit 10 jours après Cervantes (23 avril grégorien).
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Le Colisée de Rome pouvait être inondé pour des batailles navales
Des sources historiques romaines, dont Suétone et Cassius Dion, indiquent que l’amphithéâtre Flavien (Colisée) aurait pu être inondé pour des reconstitutions de batailles navales (naumachies), notamment sous l’empereur Titus lors de son inauguration en 80 après J.-C. Cette capacité était rendue possible par un système d’aqueduc et de canaux d’évacuation. Cependant, après la construction de l’hypogée (réseau de souterrains sous l’arène) vers 90 après J.-C., les naumachies dans le Colisée lui-même ne furent plus possibles et se déplacèrent dans des bassins construits exprès dans les jardins impériaux.
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L’eau chaude peut geler plus vite que l’eau froide dans certaines conditions
L’effet Mpemba, observé par un lycéen tanzanien Erasto Mpemba en 1963 (et mentionné par Aristote dans l’Antiquité), est le phénomène par lequel l’eau chaude peut, dans certaines conditions, geler plus vite que l’eau froide. Ce phénomène contre-intuitif est réel mais pas universel : il dépend des conditions précises (contenant, impuretés, gradient de température, turbulence). Les mécanismes exacts sont encore débattus en physique, plusieurs théories ayant été proposées et contestées. En 2016, des chercheurs espagnols ont proposé une explication thermodynamique basée sur les liaisons hydrogène de l’eau, mais le débat scientifique continue.
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La Grande Famine chinoise de 1959 à 1961 a tué entre 15 et 45 millions de personnes
La Grande Famine chinoise, résultat direct des politiques du Grand Bond en Avant de Mao Zedong, est la pire famine de l’histoire humaine en termes de nombre de victimes. Les estimations varient entre 15 et 55 millions de morts, avec un consensus actuel autour de 30 à 45 millions de personnes entre 1959 et 1961. Des politiques désastreuses de collectivisation agricole forcée, d’objectifs de production irréalistes, d’exportation continue de céréales malgré la famine, et de répression des rapports honnêtes sur la situation ont transformé une mauvaise récolte en catastrophe humanitaire sans précédent.
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Darwin a mis 20 ans à publier sa théorie de l’évolution
Charles Darwin a développé les bases de sa théorie de l’évolution par sélection naturelle dès 1838, après son voyage sur le Beagle (1831-1836). Cependant, il n’a publié « L’Origine des espèces » qu’en novembre 1859, soit 21 ans plus tard. Ces deux décennies de silence s’expliquent par la crainte des réactions religieuses et sociales, le désir de consolider ses preuves, et un épisode de maladie chronique (peut-être liée à la maladie de Chagas contractée en Amérique du Sud). C’est la réception d’un manuscrit de Alfred Russel Wallace, qui avait développé indépendamment la même théorie, qui força finalement Darwin à publier.
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Les conquistadors espagnols ont détruit la plupart des livres mayas
Lors de la conquête de l’Amérique centrale, le frère franciscain Diego de Landa fit brûler à Mani (Yucatan) en 1562 des dizaines de manuscrits mayas (códices), les considérant comme des instruments du diable. Cet autodafé est l’une des plus grandes pertes culturelles de l’histoire : on pense qu’il existait des milliers de livres mayas sur l’astronomie, les mathématiques, l’histoire et la religion. Seulement quatre codes mayas ont survécu jusqu’à nos jours (Dresde, Madrid, Paris et Grolier), chacun portant les noms des villes où ils sont conservés. De Landa lui-même a ironiquement consigné beaucoup de ce qu’il avait détruit dans son propre livre.

