Pygmalion, sculpteur légendaire du mythe grec raconté par Ovide dans les Métamorphoses, conçut une telle répulsion pour les femmes réelles (les Propétides, transformées en prostituées par Aphrodite pour leur impiété) qu’il décida de vivre dans le célibat. Il sculpta dans l’ivoire une femme d’une beauté parfaite selon son idéal et tomba amoureux de sa propre création. Il lui parlait, lui offrait des cadeaux, l’embrassait. Lors de la fête d’Aphrodite, il pria timidement pour rencontrer une femme ‘semblable à sa statue’. La déesse, touchée, comprit son vœu réel et donna vie à la statue. Pygmalion, en rentrant, sentit la chaleur de sa main : la statue était devenue une vraie femme qu’il épousa. Ce mythe est à l’origine de l’effet Pygmalion en psychologie (les attentes influencent la réalité), du musical My Fair Lady et du film Mannequin.
Catégorie : Fait mythologie
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Prométhée prédit la chute de Zeus à condition que celui-ci libère sa mère Thémis
Les rapports entre Prométhée et Zeus, dans la mythologie grecque complète (notamment dans la trilogie d’Eschyle dont seule la première pièce survécut), sont plus complexes que la simple punition pour le vol du feu. Prométhée, doué de prescience (son nom signifie ‘celui qui prévoit’), connaissait un secret vital : une prophétie révélait que le fils d’une certaine déesse renverserait Zeus, exactement comme Zeus avait renversé Cronos. Ce secret lui donnait un pouvoir de négociation immense. Selon Eschyle, Zeus finit par envoyer Héraclès libérer Prométhée en échange de la révélation du secret (qui impliquait Thétis, la nymphe marine, que Zeus ne devait donc pas épouser). C’est pourquoi Thétis épousa le mortel Pélée et donna naissance à Achille. La libération de Prométhée par Héraclès reste l’un des actes les plus symboliquement chargés de la mythologie grecque.
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Thésée abandonna Ariane sur l’île de Naxos après qu’elle l’eut sauvé du labyrinthe
Thésée, héros athénien et futur roi d’Athènes, fut l’un des hommes du tribut envoyé à Crète pour nourrir le Minotaure. Ariane, fille du roi Minos, tomba éperdument amoureuse de lui et lui remit un peloton de fil magique pour qu’il retrouve la sortie du labyrinthe après avoir tué le Minotaure. Thésée promit de l’épouser. Il tua le Minotaure, suivit le fil pour sortir du labyrinthe, et s’enfuit avec Ariane et les autres Athéniens. Mais lors de l’escale sur l’île de Naxos, Thésée abandonna Ariane endormie sur la plage et repartit sans elle. Les raisons de cet abandon varient selon les versions : ordre des dieux, oubli, amour d’une autre femme. Ariane fut trouvée par Dionysos qui l’épousa et lui fit don de l’immortalité. Thésée, en rentrant à Athènes, oublia de changer ses voiles noires en voiles blanches : son père Égée, croyant son fils mort, se jeta dans la mer qui prit son nom.
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Cronos avala ses enfants un à un par crainte d’une prophétie annonçant sa chute
Cronos (Saturne chez les Romains), roi des Titans, avait renversé son propre père Ouranos par trahison. Une prophétie lui annonça qu’il serait à son tour renversé par l’un de ses enfants. Pour contourner ce destin, Cronos avala chaque enfant que sa femme Rhéa lui donnait à la naissance : Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon furent ainsi enfermés vivants dans le ventre de leur père. Rhéa, désespérée lors de la sixième grossesse, remplaça Zeus par une pierre enveloppée de langes que Cronos avala sans s’en apercevoir. Zeus fut élevé secrètement en Crète. Adulte, il fit vomir à Cronos ses frères et sœurs, et ensemble, avec l’aide des Titans dissidents, des Cyclopes et des Hécatonchires, ils le détrônèrent lors de la Titanomachie. Le tableau de Goya ‘Saturne dévorant son fils’ est l’une des représentations les plus puissantes de ce mythe.
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Hadès possédait un casque d’invisibilité qu’il prêta à Persée pour tuer Méduse
Le casque de Hades (Kibisis ou casque d’Érèbe) était l’un des objets magiques les plus puissants de la mythologie grecque : il conférait l’invisibilité totale à son porteur. Ce casque fut forgé par les Cyclopes lors de la Titanomachie (guerre des dieux contre les Titans) comme cadeau à Hadès pour l’aider à combattre les Titans. Il joua un rôle décisif dans plusieurs épisodes mythologiques : Persée l’emprunta pour s’approcher invisiblement des Gorgones et s’enfuir après avoir décapité Méduse. Athéna le porta lors de la guerre de Troie pour aider les Grecs sans qu’Arès puisse la voir. Hermès l’utilisa parfois dans ses missions délicates. Le concept de casque ou cape d’invisibilité est omniprésent dans les folklores mondiaux, du chapeau magique nordique au manteau d’invisibilité d’Harry Potter, témoignant de l’universalité de ce désir humain.
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Scylla et Charybde représentaient le risque de périr entre deux dangers également mortels
Scylla et Charybde sont deux monstres marins se faisant face de part et d’autre d’un détroit dans la mythologie grecque, traditionnellement identifié au détroit de Messine entre la Sicile et l’Italie. Scylla était un monstre à six têtes de chiens sur des cous de serpent qui surgissait des rochers pour attraper et dévorer les marins. Charybde, de l’autre côté, était un tourbillon gigantesque aspirant et recrachant l’eau trois fois par jour, capable d’engloutir des navires entiers. Naviguant entre les deux, les capitaines devaient choisir : longer les rochers de Scylla et perdre quelques hommes, ou affronter le tourbillon de Charybde et peut-être tout perdre. Ulysse choisit Scylla, perdant six hommes mais sauvant le navire. L’expression ‘entre Scylla et Charybde’ signifie encore aujourd’hui se trouver entre deux dangers également périlleux.
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Éole dieu des vents confia à Ulysse une outre contenant tous les vents défavorables
Dans l’Odyssée d’Homère, Éole, gardien et maître des vents, accueillit Ulysse et son équipage sur son île flottante (Éolia) pendant un mois. À leur départ, il fit un cadeau extraordinaire à Ulysse pour faciliter son retour à Ithaque : il enfermait dans une outre de peau de bœuf tous les vents contraires, ne laissant souffler que le vent d’ouest favorable. Ulysse garda précieusement l’outre. Mais après dix jours de navigation, à quelques kilomètres d’Ithaque, vaincu par la fatigue, il s’endormit. Ses compagnons, convaincus que l’outre contenait de l’or ou des richesses cachées par Ulysse, l’ouvrirent. Les vents se déchaînèrent et ramenèrent les navires à l’île d’Éole. Cette fois, Éole refusa de les aider, considérant qu’ils étaient maudits des dieux. Le terme ‘éolien’ pour tout ce qui est lié au vent vient de cette divinité.
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Les Moires grecques contrôlaient le destin de tous les êtres vivants y compris les dieux
Les Moires (Clotho, Lachésis et Atropos) étaient les trois déesses du destin dans la mythologie grecque, plus puissantes que Zeus lui-même qui ne pouvait que rarement contourner leurs décrets. Clotho (la fileuse) filait le fil de la vie de chaque être, Lachésis (la tireuse au sort) en mesurait la longueur déterminant la durée de vie, et Atropos (l’inexorable, ‘celle qui ne peut être détournée’) le coupait au moment de la mort. Même les dieux de l’Olympe étaient soumis aux Moires dans une certaine mesure. Zeus pouvait parfois consulter les fils et peut-être les peser dans sa balance dorée (la Psychostasie), mais ne pouvait généralement pas changer ce qui était fiié. Les Parques romaines (Nona, Décima, Morta) étaient leur équivalent. Atropos donna son nom à l’atropine, alcaloïde mortel extrait de la belladone.
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Le mythe de l’Atlantide fut inventé par Platon comme allégorie philosophique et non récit historique
L’Atlantide, continent perdu englouti par l’océan, est l’une des plus célèbres ‘légendes’ de la civilisation occidentale. Mais contrairement à beaucoup d’autres mythes, son origine est parfaitement documentée : Platon l’inventa de toutes pièces dans ses dialogues Timée et Critias (vers 360 avant notre ère) comme allégorie philosophique. La cité d’Athènes incorruptible y triomphait de l’Atlantide corrompue par la richesse et l’ambition. Platon lui-même indiqua que ce récit provenait de ‘traditions très anciennes’ pour lui donner de la crédibilité rhétorique. Aucun texte antérieur à Platon ne mentionne l’Atlantide. Malgré cela, des milliers de livres ont été écrits sur sa localisation prétendue (Méditerranée, Atlantique, Antarctique), aucune ne reposant sur des preuves archéologiques. Les scientifiques s’accordent unanimement : l’Atlantide est une fiction philosophique brillante.
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Yggdrasil l’arbre-monde nordique contient neuf mondes et est rongé en permanence
Yggdrasil (littéralement ‘le coursier d’Odin’, en référence à la pendaison d’Odin sur l’arbre) est le frêne cosmique qui structure l’univers nordique en neuf mondes superposés le long de ses branches et de ses racines. Dans ses branches niche un aigle en dispute permanente avec Níðhöggr, le dragon qui ronge ses racines. L’écureuil Ratatoskr court le long du tronc pour colporter des messages insultants entre les deux. Quatre cerfs broutent ses feuilles, représentant les quatre vents. Ses trois racines plongent respectivement dans Asgard (domaine des dieux avec le puits de sagesse de Mímir), Midgard (monde humain avec le puits du destin des Nornes), et Niflheim (monde du givre et de la mort, avec Níðhöggr). Les Nornes Urd, Skuld et Verðandi tissent les fils du destin de chaque être vivant au pied de l’arbre. Yggdrasil sera secoué mais survivra au Ragnarök.

