Une série d’études publiées dans Psychological Science a montré que les gens font des décisions plus rationnelles et moins biaisées émotionnellement quand ils raisonnent dans une langue étrangère. Le « foreign language effect » suggère que penser en langue étrangère crée une distance émotionnelle qui réduit les biais cognitifs liés aux heuristiques affectives. Curieusement, cette distance émotionnelle peut aussi favoriser la créativité et la prise de risque calculé. Des problèmes de morale (comme le « tramway problem ») reçoivent des réponses plus utilitaires et moins émotionnelles en langue étrangère.
Catégorie : Fait psychologie
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L’effet de halo influence nos jugements de façon inconsciente
L’effet de halo (halo effect), décrit par le psychologue Edward Thorndike en 1920, est la tendance à laisser une impression positive dans un domaine influencer notre évaluation dans des domaines non liés. Une personne physiquement attrayante sera jugée plus intelligente, plus honnête et plus compétente, même sans aucune preuve. En entretien d’embauche, les candidats considérés comme attrayants obtiennent des évaluations de compétence 4% plus élevées. Les professeurs qui trouvent un enfant sympathique lui donnent de meilleures notes. Cet effet est quasi universel et très difficile à contrecarrer consciemment.
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Les humains sont irrationnellement aversifs aux pertes
Le principe d’aversion aux pertes (loss aversion), fondement de la théorie des perspectives de Daniel Kahneman et Amos Tversky (Prix Nobel 2002), démontre que la douleur psychologique de perdre quelque chose est environ deux fois plus intense que le plaisir d’obtenir quelque chose d’équivalent. Perdre 100€ fait deux fois plus « mal » psychologiquement que gagner 100€ fait plaisir. Ce biais explique pourquoi les investisseurs gardent trop longtemps leurs actions perdantes (espoir de récupérer), pourquoi les garanties « satisfait ou remboursé » augmentent les ventes, et pourquoi les médecins présentent mieux un traitement comme évitant 30 morts que comme sauvant 70 personnes.
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Le phénomène du déjà-vu est lié à une erreur de mémoire
Le déjà-vu (« déjà vu » en français, signifiant « déjà vu ») est cette sensation familière mais illusoire d’avoir déjà vécu une situation nouvelle. Des recherches en neurosciences suggèrent qu’il résulte d’un court-circuit entre deux processus mémoriels normalement distincts : la familiarité (« je reconnais cela ») et la récollection (« je me souviens du contexte »). Quand la familiarité est déclenchée sans récollection correspondante, le cerveau interprète la situation comme mémorisée. Il est plus fréquent chez les jeunes adultes et lors de la fatigue, et était associé à des activités épileptiques dans les études sur des patients avec électrodes implantées.
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L’humain a naturellement tendance à se souvenir davantage des mauvaises nouvelles
Le biais de négativité est l’une des tendances cognitives les mieux documentées en psychologie : les expériences négatives ont un impact psychologique plus fort et sont mémorisées plus durablement que les expériences positives de même intensité. Des études montrent qu’une interaction négative avec un collègue nécessite environ 5 interactions positives pour être compensée. Ce biais est évolutif : nos ancêtres qui accordaient plus d’attention aux menaces que aux opportunités survivaient mieux. Aujourd’hui, il alimente les médias d’information (« les mauvaises nouvelles font vendre ») et l’anxiété chronique.
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Les introvertis et extravertis ont des cerveaux physiologiquement différents
La distinction entre introversion et extraversion, théorisée par Carl Jung, a une base neurologique mesurable. Les introvertis ont un niveau de base d’activation cérébrale (arousal) plus élevé que les extravertis, ce qui les amène à chercher moins de stimulation externe pour se sentir bien. Des études d’imagerie montrent que les introvertis ont plus de flux sanguin dans les régions frontales impliquées dans la réflexion interne, tandis que les extravertis en ont plus dans les zones de traitement des récompenses externes. Les introvertis métabolisent le glucose plus rapidement dans les zones de traitement interne.
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Les humains overestiment leur capacité à prédire leurs émotions futures
L’affective forecasting (prédiction affective) désigne notre capacité à anticiper nos émotions futures face à des événements. Le psychologue Daniel Gilbert a montré que les humains surestiment systématiquement l’intensité et la durée des émotions que provoqueront les événements futurs (heureux comme malheureux). Nous imaginons être dévastés par une rupture pendant des années, mais la résilience psychologique (que Gilbert appelle le « système immunitaire psychologique ») nous ramène à notre niveau de bonheur de base bien plus vite qu’anticipé. Ce biais influence nos décisions de manière souvent irrationnelle.
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La règle des 21 jours pour créer une habitude est un mythe
La croyance populaire selon laquelle il faut 21 jours pour former une nouvelle habitude provient d’une mauvaise interprétation des écrits du chirurgien Maxwell Maltz dans les années 1960. Une étude de 2010 de Phillippa Lally (University College London) a suivi 96 personnes pendant 12 semaines et a découvert qu’il faut en réalité entre 18 et 254 jours pour automatiser un comportement, avec une moyenne de 66 jours. La durée dépend de la complexité du comportement, de sa fréquence et des différences individuelles. Il n’existe pas de « raccourci » neurologique universel de 21 jours.
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L’être humain peut être conditionné comme les chiens de Pavlov
Le conditionnement classique, découvert accidentellement par Ivan Pavlov (Prix Nobel 1904) en observant ses chiens saliver au son d’une cloche associée à la nourriture, fonctionne également chez l’humain. John Watson a montré dès 1920 qu’il était possible de créer des phobies chez des nourrissons par conditionnement (expérience controversée du « Petit Albert »). Chaque fois que vous salivez en entendant le mot « citron » ou que vous ressentez de l’appréhension en voyant un dentiste, vous expérimentez ce même mécanisme de conditionnement associatif.
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La mémoire humaine est reconstructive, pas reproductive
La mémoire humaine ne fonctionne pas comme un enregistrement vidéo fidèle. Chaque fois que nous rappelons un souvenir, nous le « reconstruisons » activement à partir de fragments stockés, comblant les lacunes avec des informations vraisemblables. Cette reconstruction est influencée par nos croyances actuelles, les suggestions d’autres personnes et les émotions du moment. La psychologue Elizabeth Loftus a démontré que de faux souvenirs détaillés et convaincants peuvent être implantés expérimentalement, avec des implications majeures pour le système judiciaire et la fiabilité des témoignages oculaires.

